Réagir face au plagiat

Il paraît que quand on publie sur internet, le plagiat est partout, tout le temps, omniprésent et prêt à sauter sur le pauvre petit auteur plein de rêves afin d’anéantir toute sa passion pour l’écriture et ne laisser derrière lui que le goût acerbe de la trahison.

Il paraît.

Personnellement, ça fait douze ans que je publie mes histoires sur internet et du vrai plagiat, je n’en ai pas vu tant que ça.

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Qu’est-ce que le plagiat ?

Commençons par savoir de quoi on parle. Parce qu’à en écouter certains, les jaloux sont si nombreux, avides de votre gloire, qu’ils n’hésiteront pas à vous voler des pans entiers de votre histoire, votre résumé, la décoration de votre blog si vous en avez un, votre couverture, vos personnages, les titres de vos chapitres, votre police d’écriture et… mais, attendez. Non. Le plagiat, ce n’est pas ça. En fait si, un peu, dans une certaine mesure, mais pas exactement. Enfin c’est compliqué.
D’ailleurs, même l’ami Wiki laisse planer un certain doute, puisqu’il définit le plagiat comme étant « une faute morale, civile, commerciale et/ou pénale consistant à copier un auteur ou créateur sans le dire, ou à fortement s’inspirer d’un modèle que l’on omet délibérément ou par négligence de désigner. Il est souvent assimilé à un vol immatériel. »

Je suis d’accord qu’à lire ça, tout est prétexte à hurler au plagiat. Une personne a utilisé la même image que vous, celle que vous aviez trouvé sur Google ? Les mêmes couleurs pour le dégradé des titres de ses chapitres ? Le même brush photoshop pour orner votre couverture et — vilain coup du sort — le même effet dessus ? Les titres de ses chapitres sont très très très (très) ressemblants ? Le résumé est construit de la même manière ? La liste est longue, mais j’ai déjà vu, et vous aussi sans doute, des gens hurler au plagiat pour ça. Peut-être que vous en faites même partie (n’ayez pas honte : moi aussi je l’ai déjà fait, dans ma folle jeunesse, il y a, pfou, 4 ans). Sauf que oui, mais non.

Déjà, qui vous dit que la personne vous connait ? Ou qu’elle n’avait pas fait ça avant vous (faisant de vous le « plagiaire ») ? Quid du bon vieux hasard ? Selon le genre d’histoire que vous écrivez, il y a plus ou moins de chances que vous vous retrouviez avec des scénarios similaires (grâce à ces bons vieux clichés) et des décorations voisines (l’écriture de Pirates des Caraïbes si vous écrivez une histoire de pirates, par exemple).

Ensuite, arrêtons de se monter la tête deux minutes : les titres de vos chapitres, vraiment ? Vous pensez que crier au plagiat et fondre sur l’impudent félon parce qu’il a utilisé cinq mots présents également dans vos titres de chapitre à vous, c’est justifié ? Eh bien pas moi. Pas même si ce sont des mots aussi peu courants qu’ascète ou fallacieux.
Il arrive que deux personnes qui ne se connaissent pas fassent des choses semblables. Si cette personne est passée et repassée vous voir avant de changer les titres de ses chapitres de cette façon, oui, vous pouvez envisager d’aller discuter. Mais de là à vraiment parler de plagiat, c’est un peu exagéré. Et ça vaut pour tout ce qu’on pourrait vous plagier (jusqu’à la musique de votre trailer, qui ne vous appartient de toute façon pas, sauf dans de très rares cas.)

La culpabilité de plagiat dans le monde littéraire est quelque chose d’extrêmement difficile à établir, même dans le droit français. Si Patrick Poivre d’Arvor a été forcé de revoir sa biographie de Hemingway après qu’on a trouvé des similitudes troublantes avec celle de Peter Griffin, d’autres auteurs en revanche n’ont jamais eu à faire avec ce genre d’accusations.

Le « plagiat involontaire » ou « inconscient », très difficile à différencier d’un vrai plagiat, est l’un de ces cas particuliers qui innocente le plagiaire, car il n’a « pas fait exprès ».

Bref, le plagiat, c’est tordu, c’est relou et on aura beau être convaincu de la culpabilité de cette larve putride, on ne pourra que rarement la prouver. Câlin.

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Une menace omniprésente ?

Il paraît, oui. Publier son roman sur internet, ça serait comme lancer un morceau de viande sanguinolent au milieu d’un banc de requins : en deux secondes trente, il n’en resterait plus rien. Le plagiat serait partout, tout le temps, comme une vilaine épée de Damoclès prête à vous tomber dessus si vous êtes un peu doué (même si vous le niez, faux modestes).

Pourquoi continue-t-on à poster ses écrits sur le net, dans ce cas ? Par goût du risque ? Par pur masochisme ? Non : parce qu’en fait, le plagiat, on en parle beaucoup, mais il ne sévit pas tant que ça. Pas autant que ce qu’on pourrait penser en lisant les messages enragés sur les blogs, en tout cas. À vrai dire, le vrai gros plagiat, celui qui consiste à retrouver son histoire littéralement copiée collée ailleurs, est vraiment très rare et relève davantage de la légende urbaine que de la réalité.
Bien sûr, je ne dis pas que ça n’arrive pas. Ça m’est déjà arrivé, c’est arrivé à une amie, c’est loin d’être agréable et ça rend carrément parano. Mais ne vous laissez pas effrayer par tous les groupes, blogs, textes de lutte contre le plagiat qui distillent une atmosphère d’insécurité à coups de messages alarmistes : le plagiat existe, oui. Mais pas autant que ce qu’on pourrait croire et puis, surtout, ce n’est pas quelque chose d’irrémédiable, ça se règle.

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Comment s’en prémunir ?

Alors déjà, il y a un constat tout con, c’est que si vous écrivez avec l’édition comme finalité, il vaut mieux ne pas mettre l’intégralité de votre histoire en ligne. C’est difficile de copier intégralement un roman si on ne sait pas comment il se termine.

Ensuite, il existe des tas de sites gratuits où inscrire votre site/blog/roman pour le protéger, tels que copyrighted.com ou copyright france mais je ne suis pas très convaincue par l’efficacité de ces sites en cas de litige.

Sinon, il reste la méthode traditionnelle, qui consiste à s’envoyer son manuscrit par la Poste en recommandé avec accusé de réception, en prenant soin de coller l’étiquette du recommandé sur le rabat d’ouverture de l’enveloppe. Vous pourrez ainsi prouver que cette enveloppe n’a jamais été ouverte, et la date sur l’étiquette fera légalement foi.
Bien sûr, cela veut dire que votre roman doit être terminé, mais cette manipulation, légale, a le mérite de ne coûter que le prix d’un recommandé.

Sinon, vous pouvez aussi envoyer votre manuscrit ainsi qu’un chèque de 45€ à la Société des Gens De Lettres. En échange, vous recevrez une attestation de dépôt et votre texte sera protégé pour 4 ans, renouvelables. Un peu cher à mon goût.

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En ce qui concerne les sites, voici deux-trois solutions, testées et approuvées par moi-même qui, à défaut de vous garantir une sécurité totale, vous octroieront une certaine tranquillité tout de même.

Sur Wattpad, déjà, il faut être inscrit pour avoir accès à la lecture (plus maintenant) et, surtout, il est impossible de copier coller un texte. Et même s’il existe des manière détournées de le faire, Wattpad est super réactif quand on signale un problème de ce genre. J’ai testé, pour voir, en signalant une retranscription d’un roman d’Anne Robillard ; il a été supprimé dans les 24h.

Sur Skyrock, là d’où je viens (BOH LE SECRET EST RÉVÉLÉ) le blog secret, cette invention géniale, permet de dissimuler ses écrits et de n’en laisser l’accès qu’à ceux que vous aurez autorisés. Si vous avez vraiment peur et que vous savez dire « non » à tous les curieux inconnus qui aimeraient vous lire, vous pouvez alors être sûrs de préserver votre histoire. L’inconvénient majeur, eh bien, c’est que vous ne partagez pas vraiment vos écrits, et dans ce cas, publier sur internet perd un peu son sens.

Si vous postez sur une autre plate-forme de blog, et si vous avez la patience et la maîtrise des logiciels de photomontage, vous pouvez vous amuser à créer des images-texte. C’est-à-dire que vous allez taper votre texte sous Photoshop ou tout autre logiciel de montage, puis l’enregistrer au format .jpg ou .png, pour la mettre sur votre blog en tant qu’image. Impossible de copier-coller directement le texte. L’inconvénient, c’est que si vos chapitres sont longs, vous devrez faire plusieurs articles pour pouvoir mettre toutes les images. Et puis les gens obstinés peuvent s’amuser à tout retaper, certes, mais roh.
Sinon, certains blogs comme overblog proposent des accès contrôles par mot de passe, une option similaire au blog secret de skyrock.

Si vous avez passé du temps à élaborer la décoration de votre blog (fond, images personnalisées, séparateurs… tout ça de manière respectueuse des droits d’auteur, évidemment, puisque vous, vous n’êtes pas un plagiaire), vous pouvez toujours glisser un petit filigrane avec votre pseudo ou le nom de votre histoire, de manière discrète, à un endroit où il ne sera pas facile de l’effacer. Les pros de la retouche arriveront toujours à le modifier, mais il y a de grandes chances pour que vous le voyiez quand même.

Arrêter de se monter la tête. Oui, je sais, je l’ai déjà dit mais je le répète : le plagiat, on vous en parle bien plus que ce qu’il mérite, parce qu’en fait, il sévit assez peu. J’en entends déjà hurler au scandale en me traitant de menteuse, tatata : trouver un résumé construit de manière relativement similaire ou dont le thème est semblable à celui de votre histoire n’est pas du plagiat et ne mérite en aucun cas cette appellation.
Qu’on ne se méprenne pas : je ne dis pas que ce n’est pas louche. Mais arrêtez de monter au créneau dès que vous avez le moindre doute. Gardez le mécréant à l’œil et intervenez si nécessaire, mais franchement, il y a des choses qu’on est presque forcé de retrouver dans des histoires traitant de la même chose. Des orphelins en fantasy, tout ça.

Ah, et traiter du même thème n’est pas non plus suffisant pour crier au plagiat.

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Le plagiat est avéré : comment y réagir ?

BOUCHERIIIIIE.  Avec diplomatie.

Quand on découvre que l’on s’est fait vraiment fait plagier, la première chose qui nous vient à l’esprit est d’aller atomiser l’impudent à coups d’insultes et de répliques cinglantes remettant en cause sa santé mentale et plein d’autres trucs concernant sa maman. C’est humain, comme réaction. Après tout, il s’agit de votre bébé, une histoire ce n’est pas rien, vous le savez au moins aussi bien que moi. Sauf que si vous voulez avoir plus de chances de vous faire entendre (et comprendre), il va falloir y aller un tantinet plus gentiment.

Déjà, soufflez un coup. Allez vous défouler sur vos cop(a)in•e•s, qui se feront une joie de vous consoler et de vous rassurer. Trouvez des qualificatifs affreux au plagiaire, critiquez-le entre vous si ça vous fait du bien ; mais n’attaquez pas directement de manière agressive. Ça marche rarement, et ça vous fait passer vous pour un•e rustre mal dégrossi•e.

N’envoyez pas vos copains/copines. Vous défouler entre vous, c’est cool, ça relâche la pression, mais vous êtes grand et n’avez besoin de personne pour parler à votre place. Prenez votre courage à deux mains et lancez-vous, une fois calmé, dans votre commentaire.

Ne l’insultez pas. Vous avez déjà remarqué comme il est difficile d’obtenir quelque chose quand on est désagréable ? Eh bien là, c’est pareil, même si vous êtes dans votre plein droit. Une personne est toujours plus réceptive lorsqu’on la respecte (qu’elle le mérite ou pas), qu’on est poli avec elle et qu’on reste calme.
Vous avez face à vous un autre être humain qui, si vous ne le voyez pas derrière son écran, peut être jeune, fragile, ignorant ou que sais-je, et qui ne pensait pas à mal. En lui parlant calmement vous aurez plus de chance d’obtenir son attention et, pourquoi pas, gain de cause. Même s’il balance que votre mère fait le tapin, restez zeeeen, vous n’êtes qu’amour, ne vous abaissez pas à son niveau.

Ne l’acculez pas. Même si c’est très tentant. Que vous soyez sûrs de vous ou que vous ayez simplement des doutes que vous souhaitez éclaircir, laissez au plagiaire présumé le bénéfice du doute, dans un premier temps. Vraiment, j’insiste, on ne sait jamais. Si vous êtes très très (très) sûrs de vous, vous pouvez attaquer au second commentaire. Mais toujours sans insulte, hein. Durcissez simplement le ton et expliquez pourquoi vous êtes sûrs (« tu es passé sur mon blog tel jour, et le soir-même tu as modifié ton chapitre, qui reprend maintenant des phrases présentes dans le mien. »)

Prenez votre temps pour expliquer le malaise. Débarquer en lançant juste « tu m’as plagié, enlève ça fdp, bisou » n’est pas suffisant. Détaillez. Fournissez des preuves. C’est lourd de devoir se justifier alors qu’on n’a rien fait, mais voyez plutôt cet exercice comme un plaidoyer en votre faveur. Dans un tribunal, c’est ce qui se passerait : soyez donc votre propre avocat.

Faites des captures d’écran. Hyper important. Personnellement je n’hésite pas, dès que j’ai un petit doute, pouf, capture d’écran. Et je surveille. Au cas-où. Ça permet, en cas de plagiat tardif (j’entends par là que vous constatez un avant/après sur l’histoire, suite à un événement en rapport avec vous) d’appuyer vos affirmations.

Ne le harcelez pas. S’il n’a pas répondu dans les deux heures ou dans les deux jours, ce n’est pas qu’il vous ignore, c’est peut-être qu’il n’est tout simplement pas connecté. Par contre, s’il répond à d’autres personnes entre temps, ou poste de nouveaux chapitres, alors oui, vous pouvez le relancer.

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La plupart du temps, les problèmes de « plagiat » se règlent de manière rapide. Il arrive que le ton monte, mais, de mon point de vue, il n’est absolument pas nécessaire d’aller insulter les gens et toute leur famille pour obtenir gain de cause.
Même si parfois, hélas, on tombe sur des gens juste tarés qui iront, pourquoi pas, jusqu’à vous traquer sur Facebook et envoyer des messages privés à vos amis pour les insulter eux aussi (véridique).

Dans ces cas-là on fait quoi ?

J’ai envie de dire « on signale l’histoire à l’hébergeur », mais soyons honnêtes, souvent l’hébergeur s’en fout.
D’autres diraient « on crée un faux compte et on plagie le plagiaire pour lui faire comprendre ce que ça fait » et… c’est extrême et pas méga mature, ça prend du temps et de l’énergie. Épargnez-vous ça.

Sinon, eh bien… prenez votre mal en patience. On sait tous que les histoires, sur internet, ont tendance à disparaître à vitesse grand V, surtout dans certaines catégories. Si la personne vous a vraiment plagié votre histoire, elle sera vite à court d’idées et de motivation, elle tombera dans l’oubli et ciao ! Avec un peu de chance, le plagiaire supprimera même son compte, à la longue.

Mais bon je le répète, ces cas sont assez rares, voire uniques. Avec de la patience et de la persévérance, vous arriverez à vos fins. Sinon, c’est que vous avez affaire à un psychopathe.

Dans tous les cas, ne vous découragez pas. Ce n’est pas parce que vous avez vécu une mauvaise expérience qu’il faut vous arrêter d’écrire ou de publier votre roman. On vit de mauvaises expériences tous les jours ; c’est ce qui nous fait grandir, ce qui nous forge. Souvenez-vous pourquoi vous êtes là, pourquoi vous écrivez et ce que ça vous apporte.

Nous avons la chance de savoir raconter des histoires et d’avoir les outils pour les faire partager gratuitement à ceux qui veulent les lire. Ça serait tellement bête de renoncer à cette expérience juste pour une personne, quand il y en a plein d’autres qui en valent la peine.

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Alors je n’aurais qu’une chose à dire pour conclure cet article : peace, love and boucherie. (woops)

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