Combien coûte une couverture de roman ?

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Dans le monde de l’édition indépendante, c’est connu, les gens n’ont pas beaucoup de moyens. Petits tirages, éditeurs non salariés, lectorat peu étendu et succès pas toujours au rendez-vous rendent les factures difficiles à payer. Du moins, les factures obligatoires, c’est-à-dire celles de l’imprimeur et celle de l’hébergeur du site internet. Pour le reste (correction, mise en page, couverture…) ça peut être du fait maison, parce qu’en théorie quand on est éditeur, on a de bonnes bases pour s’en occuper soi-même.

Ou pas.
C’est dans ces cas-là que j’interviens. Moi et tous les illustrateurs de romans. (on dit « tous les illustrateurs et moi » nianiania). C’est aussi là qu’interviennent parfois des problèmes, toujours les mêmes. Voici donc, pour vous…

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LE VRAI PRIX D’UNE COUVERTURE DE ROMAN
   et pourquoi ça ne peut pas coûter 100€

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Beaucoup d’éditeurs n’ont pas de budget. Ou disent ne pas en avoir, ça arrive aussi. 
Et beaucoup d’illustrateurs et de graphistes débutants, autodidactes et autres ne sont pas conscients du vrai prix de leur travail, ou n’osent pas l’appliquer. Pour diverses raisons, la première étant qu’il est très difficile d’évaluer le prix d’une création artistique (surtout la sienne) et qu’on a très vite l’impression de voler les gens.

Oui mais voilà : il faut bien vivre. Manger, payer son loyer, son prêt étudiant, remplir son réservoir d’essence, ce genre de joyeusetés. Et ce n’est pas en étant payé des clopinettes #expressionde1850 qu’on va s’en sortir.

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• Comment calculer le prix de son travail ?

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De manière très bête : en comptant ses heures.
Vous ne pouvez pas accepter de travailler à moins du SMIC horaire, soit environ 8€/h. À ces 8€/h, il va falloir ajouter vos charges, variables en fonction de la nature de votre activité.
Personnellement, je suis à environ 25% de cotisations, ce qui donne un salaire horaire TTC à 10€/h. Minimum.

Avec l’expérience, j’ai fini par établir une moyenne de temps de travail pour chaque type de couverture, et je suis en mesure de calculer mes devis rapidement. Si vous ne savez pas combien de temps vous mettez, chronométrez-vous. Vous devrez compter le temps de réalisation de la couverture, mais également le temps passé sur les recherches préalables et les modifications à apporter par la suite.
Personnellement, je passe au minimum 12h sur une illustration simple, si je maîtrise à peu près le sujet (si on me demande de dessiner une cathédrale gothique avec des millions de détails, c’est une autre histoire). Mais aussi 3h sur les recherches et les croquis, 2h sur les diverses retouches et 3h sur la maquette de couverture (incluant le graphisme du logo du titre, parce que j’aime de plus en plus leur donner leur propre personnalité).

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Soit au minimum 20h de travail au total.
Soit 200€ pour une couverture de roman complète.

Facturer votre travail en tenant compte du nombre d’heures passées dessus est la façon la plus sûre de donner un prix réaliste, qui ne soit ni trop bas ni trop élevé. Et ce prix, j’insiste, est le minimum acceptable.

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Maintenant, soyons honnêtes, je n’ai pas fait 4 ans d’études payées 20 000€ pour être rémunérée au SMIC. Sinon, autant prendre le premier job alimentaire qui me tombe sous la main, qui sera certes moins chouette, mais au moins j’aurais des vacances, des congés payés et un tas d’autres avantages sociaux inexistants quand on est auto-entrepreneur, comme le chômage si je décide que j’en ai marre de ce job de merde.

Alors je ne vais pas me rémunérer au SMIC. Je vais décider d’augmenter un peu mon taux horaire. Pas forcément beaucoup, mais suffisamment pour compenser tous ces avantages auxquels je n’ai pas droit et souligner le savoir-faire que je vends, un savoir-faire particulier qui n’est pas à la portée de tous.

Je vais passer, admettons, à 10€/h bruts, soit 12,5€/h TTC.
En reprenant mes 20h minimum de travail, on passe à 250€ TTC pour une couverture.

Avec l’expérience (et la renommée aussi, pour certains), ce taux augmente parce qu’en théorie, plus on est expérimenté, plus la qualité est élevée et la qualité, comme partout ailleurs, ça se paye mon bon monsieur.

Mais c’est pas tout ! 

Ça, c’est seulement le prix de « fabrication ». Or, quand on réalise une couverture de roman, on cède aussi des droits patrimoniaux (d’exploitation, tout ça), pour une certaine durée, dans un certain cadre, etc. que j’explique dans cet article (parce que la propriété intellectuelle, c’est marrant aussi, dans son genre)C’est ce qu’on appelle faire une cession de droits, et ça se paye.

Le plus difficile est de savoir dans quelle mesure. En général, pour calculer le coût d’une cession de droits, il faut prendre en compte l’ampleur de l’exploitation de l’œuvre et sa durée d’utilisation : plus le livre sera imprimé et distribué, plus la cession de droits augmentera. On ne paiera pas une cession de droits identique si le livre est tiré à 150 exemplaires ou à 10 000.

Personnellement, après avoir écumé les manuels et fait un tour chez le calkulator, j’ai décidé de fonctionner comme suit :

Pour des petits tirages, je ne compte pas de cession de droits. Parce que je sais qu’en imprimant peu, un éditeur ne bénéficiera pas d’autant de prix dégressifs que s’il imprimait plusieurs milliers d’exemplaires et, même si je dois bouffer, j’essaie d’aider comme je peux à la survie des petites maisons. Alors je compresse du seul côté possible sans que ça me nuise : ici.
• Pour des tirages moyens (de 1000 à 8 000 exemplaires), j’ajoute 30% de cession de droits. À savoir que le tirage moyen en France tourne aux alentours des 7000 ex en 2015.
Ce qui donne, toujours en se basant sur l’exemple du début, une couverture à 325€.
• Pour des gros tirages (plus de 8 000), cela passe à 50%, soit près de 400€ pour une couverture.

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Conclusion : une couverture de roman, ça coûte au minimum 250€

Pas 50, pas 100, pas 150. Même si le temps de travail est moins important.

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• Pourquoi est-il dangereux de sous-facturer son travail ?

Parce que ça casse le marché. Et qu’à terme, la profession risque de disparaître.

« Roh l’autre eh, faut pas être alarmiste comme ça ! »
Imaginez plutôt : vous êtes étudiant en graphisme et vous trouvez que c’est une super opportunité pour vous lancer. Vous êtes employé avec un salaire fixe mais votre passion, c’est le graphisme/l’illustration, et cet argent est un à-côté bienvenu qui vous permet, en plus, de vous détendre. Vous êtes débutant et persuadé de voler les gens en demandant plus de 100€ parce que vous avez l’impression de ne pas être aussi bon que tous les autres, là.

Vous acceptez de réaliser une couverture pour 100€.

À côté vous avez des gens, comme moi, qui tentent d’en vivre et qui n’ont pas d’autre moyen de gagner de l’argent. Ils ont des charges, des obligations, de l’expérience et ils ont conscience de la vraie valeur de leur travail parce qu’à force d’enchaîner les heures sans réussir à payer leurs factures, ils ont finalement compris qu’il était important d’adapter leurs tarifs à leurs efforts.

Mais les éditeurs acceptent de moins en moins de les rémunérer au juste prix.

Parce qu’autour, il y a des tas de gens qui acceptent des couvertures pour deux, voire trois fois moins cher. Et qu’ils ne voient pas pourquoi ils iraient payer autant, après tout. Normal, à leur place je ferais sûrement pareil en me disant que les autres n’avaient qu’à être plus compétitifs — sauf qu’à ce stade, on ne peut même plus parler de compétitivité.

Résultat : les professionnels peinent à se faire rémunérer correctement, tandis que les autres se prostituent pour 100€, et avec le sourire.
N’ayons pas peur des mots : dans mon cas, 100€ revient à me payer à peine 4€/h. 

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Bien sûr qu’il est humain de vouloir payer le moins cher possible, on cherche tous à le faire, c’est pour ça que la négociation existe et qu’on s’y adonne volontiers. Même si j’ai besoin de bouffer, je suis aussi consciente de la fragilité de l’édition indépendante, alors je fais au mieux. Mais face à l’ignorance, je ne ferai jamais le poids.

C’est pour ça qu’il me semble primordial de prendre connaissance du vrai prix des choses et de ce qui se cache derrière, tant du côté des clients (non, on ne cherche pas à vous extorquer tout votre argent pour prendre des bains de billets) que des créatifs (non, vous n’êtes pas un voleur, et le fait que votre travail soit aussi votre passion ne rend certainement pas sa rémunération injuste. Cette logique revient à dire qu’il faut forcément détester son métier pour mériter d’être payé, et c’est stuuuupide.)

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C’est un problème d’autant plus compliqué qu’il est impossible de comparer les tarifs d’illustrateurs aux styles (et donc aux techniques et aux temps de travail) radicalement différents. Là où je mettrai 17h, certains en mettront 8 ou 45.
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On ne peut pas exiger que ces personnes pratiquent les mêmes tarifs et il est important d’en être conscient lorsqu’on choisit un illustrateur. En choisissant un illustrateur, on fait le choix non seulement d’un savoir-faire, mais également d’une personnalité qu’on ne trouvera nulle part ailleurs : si on n’est pas prêt à en accepter le prix, alors il vaut mieux se rabattre sur quelque chose de peut-être plus conventionnel, moins cher, comme une photo trouvée dans une banque d’images, au risque d’avoir des couvertures similaires à d’autres.

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• Pour conclure

Même avec toutes les excuses du monde, une couverture de roman ne coûte pas et ne coûtera jamais 100€. Parce qu’il faut du temps pour la créer, qu’il y a des charges, des connaissances et un style à prendre en compte et que tout ça ne tient pas dans un tarif aussi ridiculement bas.

Créatifs, je sais qu’il est tentant de céder quand on a besoin d’argent. J’ai moi-même débuté en acceptant des couvertures pour 50€, persuadée qu’on me faisait déjà un immeeense cadeau vu la médiocrité de mon niveau. Je n’en suis pas fière et j’ai vite évolué pour rattraper ça — je n’ai pas trop eu le choix quand j’ai constaté que je bossais 12h par jour et que je n’avais même pas 500€ à la fin du mois. Mais j’aurais aimé avoir quelqu’un qui, dès le départ, m’empêche de me tuer à la tâche et m’aide à trouver le juste milieu. Me voici donc avec cet article, à destination des « moi » d’avant qui passent par là.

Je sais qu’il est important pour une maison d’édition de réduire ses coûts au maximum ; fort heureusement, il existe beaucoup d’éditeurs qui sont conscients du vrai prix d’une couverture. Cet article s’adresse à ceux qui restent, s’ils ont envie d’en tenir compte, mais il s’adresse avant tout aux jeunes artistes un peu perdus qui tâtonnent : vous ne devez plus encourager ça, vous méritez mieux. Même si on essaie de vous faire croire le contraire, même si on cherche à vous faire culpabiliser pour ça.

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Et si vous culpabilisez malgré tout (ça m’arrive encore, c’est chiant mais j’ai une réserve de chocolat), demandez-vous s’il est juste que l’on exige des prix scandaleux de votre part, alors que personne ne remet en question le coût de l’impression d’un livre, le pourcentage d’un libraire, le prix d’un stand en salon ? Ce sont aussi des prestataires, mais eux c’est normal… et pas vous ? Pourquoi ?
Pourquoi, alors que l’on est pourtant venu vous chercher pour passer commande ?

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Si vous doutez encore, voici une grille indicative des prix pratiqués sur le marché. Ici, les couvertures de roman sont indiquées entre 375 et 550€ — encore plus que ce que je dis dans cet article (à noter toutefois que j’ai pris le tarif minimum, histoire de souligner l’écart hallucinant entre les attentes et la réalité. Le tarif horaire moyen oscille entre 15 et 45€ dans ce milieu, pour info). Mais ça peut monter bien plus haut (beaucoup d’artistes dépassent les quatre chiffres) et ça n’a rien d’anormal, pour toutes les raisons citées précédemment.

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Maintenant, il va falloir oser ! Hauts les cœurs !

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N’hésitez surtout pas à me laisser vos commentaires ; je serai heureuse de vous répondre. J’avais envie de m’exprimer sur ce sujet depuis longtemps, car c’est une question qui revient très souvent et à laquelle il est difficile, sinon de trouver une réponse, d’y apporter une justification. Et en toute honnêteté, bien que je le prenne aujourd’hui avec philosophie, je suis un peu fatiguée de devoir sans arrêt justifier mon envie de pouvoir payer mes factures et éventuellement remplir mon frigo.

Pour conclure sur une note plus drôle, mon maçon est illustrateur, et il illustre parfaitement bien l’étonnante différence de considération entre le métier d’illustrateur et un, hm, « vrai » métier.

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28 réflexions sur “Combien coûte une couverture de roman ?

  1. Vay dit :

    J’ai fais exactement les mêmes erreurs au début, surtout qu’un job alimentaire, moi, j’en avais un. Depuis, je me suis un peu écarter de ce monde des couvertures, je fais plus dans le livre pour enfant.. et même là, je pense que je vais lever le pied et partir sur un côté plus « artistique » avec des expositions, et les ventes d’arts. Merci pour ce très bon article.

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    • tiphs dit :

      Pareil que toi, à la sortie de mes études, j’ai été serveuse pendant deux ans afin d’économiser pour partir un an à l’étranger… du coup, j’avais l’impression d’être une sacrée veinarde.

      J’avoue être de plus en plus tentée par les ventes d’art et les expositions, mais pour le coup, je n’y connais rien, alors… on verra plus tard. Bon courage à toi en tout cas, j’espère que ça marchera 🙂

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  2. jessicav13 dit :

    Merci pour ton article, c est super intéressant de savoir comment tu t y prends. Moi même qui suis complètement auto didacte (bon un an de formation artistique mais les renseignements pour le après étaient plutôt maigre) j ai encore du mal à calculer les prix …. le monde de l illustration m intéresse beaucoup en plus des portraits que je fais. Faut il être affilié à la maison des artistes sachant que ce sont des œuvres originales?
    Deuxième et dernière question, comment tu t y es prise avec les maisons d éditions, tu as envoyé un book de tes travaux?

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    • tiphs dit :

      Dans mon cas, je n’ai pas eu besoin de m’affilier à la maison des artistes : parce que je suis également graphiste et maquettiste, j’ai le statut d’auto-entrepreneur dans des « activités spécialisées de design. » Mais c’est au cas par cas, j’imagine. Le souci de la maison des artistes, pour moi, a été qu’il faille un chiffre d’affaire minimum pour y rester affilié, et que je ne l’ai pas toujours eu. Aujourd’hui, je suis très contente de mon statut qui me convient à merveille. À noter que cela n’empêche aucunement la propriété intellectuelle de s’appliquer 🙂

      Concernant les maisons d’édition, en fait j’ai eu un énorme coup de bol : j’ai ouvert une page facebook, un auteur m’a trouvée, proposée à son éditeur, et de fil en aiguille, avec le bouche à oreille, d’autres sont venus… je n’ai encore jamais eu à démarcher des clients, mais si je devais le faire, je pense que j’enverrai effectivement un book et un petite lettre de présentation.

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    • tiphs dit :

      Délicat, ça dépend, on réussit souvent à s’entendre car on est un peu tous dans le même bateau, si on peut dire.
      Le plus dur, c’est vraiment de faire face à certains discours culpabilisateurs. Quand on est rôdé ça va, mais quand on débute, c’est facile de perdre sa confiance en soi. C’est pour ça qu’il est primordial d’être transparent, je pense, sur les questions financières.

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  3. Yannick A. R. FRADIN dit :

    Bonjour et merci pour cet article intéressant.

    Difficile pour un auteur, surtout débutant, d’évaluer le coût d’une couverture, et d’ailleurs d’illustrations intérieures (je parle en connaissance de cause !).
    Je suis tombé sur votre article un peu par hasard, mais je l’ai trouvé clair et tout à fait pertinent.
    J’ai également apprécié l’humour et la touche supplémentaire en fin d’article avec le maçon^^

    La valeur du travail est importante, et si « brader » ses services est parfois tentant pour les raisons que vous avez évoquées (et dans bien des domaines d’ailleurs, le graphisme est loin d’être le seul concerné), il ne faut pas perdre de vue l’estime de soi et la valeur de ses compétences (et du temps passé à travailler, car après tout, le temps c’est de l’argent :p).

    Peut-être à bientôt au détour d’un autre article, je vais fureter un peu.

    Bien cordialement.

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  4. graphain dit :

    Merci beaucoup pour cet article. Je suis encore étudiante mais j’ai déjà quelques commandes de temps à autre et j’ai beaucoup de mal à fixer mes tarifs. Heureusement, ma mère est écrivain, alors elle arrive à m’aider. Mais avoir le point de vu d’une graphiste/ illustratrice, c’est quand même l’idéal. Maintenant je serais moins perdue au moment de rédiger les devis, encore merci ! 🙂

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  5. Ovidia dit :

    le problème, c’est que si on voit le problème sous cet angle (bien que je ne minimise nullement le travail d’un illustrateur), un auteur devrait donc facturer son livre à peu près… mettons entre 250 et 1000 euros ? Bah oui, parce que le temps passé à l’écrire, à le corriger, à le recorriger, à chercher un éditeur, à corriger de nouveau selon les directives de l’éditeur, à faire de la promo. Donc, je pense que le métier l’illustrateur n’est pas le seul à souffrir de cette baisse des prix et comme tout artiste, je pense qu’il faut adapter les tarifs au cas par cas, sinon, plus une couverture sera chère, plus elle motivera des gens sans formation de les creer par eux-mêmes et donc, de finir par en vendre aussi, mais à prix défiant toute concurrence, ce qui ne fera qu’aggraver la situation des illustrateurs.

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    • tiphs dit :

      C’est même davantage : comme l’explique Stoni ici : http://stoni1983.over-blog.com/article-parlons-fric-ou-combien-gagne-un-auteur-sur-quel-tirage-etc-65669383.html le montant de l’à-valoir pour une première publication se situe dans les 1500€. Mais pour ça, encore faut-il tomber le bon éditeur qui connait son boulot et ce qu’il implique financièrement parlant pour TOUS les acteurs de la chaîne du livre… et je suis d’accord, on n’est pas sortis de l’auberge. Tu peux être sûre qu’un éditeur qui n’acceptera pas de mettre le prix dans la partie marketing d’un livre (parce que la couverture n’est ni plus ni moins que du marketing, hein, sinon il suffirait de prendre une couverture neutre comme on en voit chez Gallimard) ne le fera pas pour son auteur. À chacun de voir ce qu’il est prêt à accepter ou pas.

      Effectivement, il est important d’adapter ses prix : comme je le dis dans cet article, la négociation fait partie intégrante du métier, qu’on soit autodidacte (ce qui n’a aucune incidence sur les prix, le savoir-faire est là ou pas) ou non. Personnellement, pour les plus petites maisons d’édition, je descends parfois exceptionnellement jusqu’au SMIC horaire (alors que le tarif d’un graphiste se situe entre 15 et 45€/h). Mais c’est le maximum que je puisse faire, sinon, je finis tout simplement sous un pont ; il y a des limites à tout.

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      • Dorian Lake dit :

        Le truc, c’est que Stoni parle de littérature blanche (qui la plupart du temps, ne fait pas de couv du tout).

        Un à-valoir, chez un petit éditeur, ou même un éditeur de taille correcte dans certains genres littéraires, n’existe tout simplement pas.

        Après, la différence avec un auteur, c’est que plus il vend, plus il gagne d’argent (et c’est pas toujours le cas pour les illustrateurs, à moins qu’ils touchent aussi des droits variables.) Mais, dans une petite publication, il arrive facilement que même avec un tarif à 200€, l’illustrateur gagner plus, au final, que l’auteur.

        Tout le monde y perd, en somme (à part les gros distributeurs, bien sûr).

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      • tiphs dit :

        Les à-valoir existent dans toutes les ME, qu’il s’agisse de littérature blanche ou pas (Samantha Bailly en parle également très bien sur son blog). La couverture, avant d’être de l’art, est surtout du marketing, et le marketing a un prix. Les distributeurs, les libraires, touchent plus que les auteurs sur les livres, et pourtant ça paraît normal.
        Si la maison d’édition n’a pas les moyens pour un illustrateur digne de ce nom, il lui reste toujours les banques d’image, qui font également très bien le job. Avec ça, chacun y trouve son compte et personne ne se fait entuber 🙂

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      • Dorian Lake dit :

        Les à-valoir ne sont pas si répandus que cela, non. Et ils sont prévus surtout pour les gros tirages. Si un livre d’un primo-auteur atteint les 500 ventes, c’est un beau succès.

        Pour des droits d’auteurs à 10% et un prix de vente à 20€ HT, cela fait 1000 euros. On est déjà au minimum de ce que préconise Stoni, et bien peu d’éditeurs, surtout les petits, se le permettront.

        Mais bon, même 1000€, ce qui est déjà excellent pour un livre, si tu le convertis en salaire horaire…

        D’ailleurs, je connais deux autrices qui ont fait le calcul sur un de leur travail.

        https://boutique.cestdoncvrai.fr/

        Juste pour l’écriture, elles ont passé 60 heures pour un texte de 13500 mots, ce qui fait pour un roman classique de 50 000 mots et un bête prorata, un temps de 222 heures (recherche + écriture + relecture).

        Si tu gagnes 1000 € avec ces 222 heures, et bien voilà, 2,22€ de l’heure. Sans parler de la promotion.

        Ce n’est pas le sujet de ton article, donc je ne vais pas en dire plus, mais non, la répartition des revenus entre distributeur, libraire, éditeur et auteur ne me paraît pas équitable.

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      • tiphs dit :

        J’ai dit « ça paraît », pas « me » paraît : moi non plus, il ne me paraît pas équitable que l’auteur soit celui qui se fasse le plus entuber alors qu’il est à l’origine du livre. Mais dans l’esprit collectif, il est normal de rémunérer correctement les « vrais » métiers. et effectivement, cet étalonnage arbitraire est nul.

        Ceci dit, la logique voudrait qu’on ajuste tout le monde à un salaire décent, pas qu’on cherche à traîner tout le monde dans la misère. Ou qu’on s’en passe, sinon (les petites ME se passent parfois de distributeurs, font elles-mêmes leurs couvertures, ne vendent pas en librairie… on pourrait donc penser que l’auteur aurait un pourcentage plus décent. Je t’avoue que j’en doute, mais je me trompe peut-être).

        Après… si certains auteurs acceptent de travailler pour 2€/h, ma foi, ça les regarde, ils restent libres de dire non. Personnellement, je préfère ne pas travailler en attendant une rémunération correcte (et prendre un petit boulot pour payer les factures) que me tuer à la tâche pour une misère.
        C’est autant, à mon sens, un acte militant pour protéger mon métier qu’une question de respect de soi-même. Mais chacun reste libre de ses choix.

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  6. lea dit :

    Bonjour, je suis une amatrice dessinatrice. Dernièrement j’ai reçut une commission d’ami, 2 « halfbody » pour l’image de leur chaîne youtube.
    Les personnes qui m’entourait m’ont tenu le même discours que tu tient.
    « 5€?! Mais tu travailles pour rien et même si tu est amateur si t’aimerais en vivre un jour faut que t’augmentes tes prix ma chère! »
    C’est vrai que comme tu la dis c’est assez complexe de faire payer ses dessins, on a toujours l’impression d’être une voleuse.
    En te remerciant pour ton article

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    • tiphs dit :

      Oula oui, 5€ c’est carrément donné ! À moins que tu dessines en 30min, mais même là, ça ne fait pas honneur à tes compétences.
      Ce que j’avais conseillé à une jeune artiste dans un cas similaire au tien, c’est d’augmenter progressivement tes prix jusqu’à arriver à quelque chose de correct : passer, par exemple, de 5€ à 15€, puis 30, et ainsi de suite… ça permet de t’habituer à ton rythme, et en face, les clients ne vont pas halluciner de voir tes prix passer du simple au quintuple. Et puis tu verras qu’en fait, les gens ne crient pas si facilement à l’arnaque, et tu gagneras en confiance en toi 🙂

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  7. Maman BCBG dit :

    Merci pour cet article très clair et déculpabilisant 🙂

    Mes réflexions sur accepter quelques commandes d’illustration en sont encore au stade embryonnaires, mais je sens que ton blog va grandement m’aider à construire un raisonement et des attentes réalistes !

    A bientôt donc 🙂

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  8. Elen Brig Koridwen dit :

    Un article courageux, bravo ! J’espère qu’il inspirera aussi les auteurs autoédités, qui ajoutent souvent aux complexes très bien décrits ci-dessus (« est-ce que je ne demande pas trop cher ? ») un douloureux complexe de l’amateur. En ce qui concerne les auteurs non pro, le remède est simple : professionnalisez votre écriture, pas vos prix de vente. Si vous voulez rester un amateur au sens le plus noble du terme, ou si vous vous croyez incapable d’une qualité pro quels que soient vos efforts, adoptez des plateformes où l’on propose ses écrits à titre gratuit, comme Scribay, Wattpad ou Altramenta. Car, au risque de ramasser encore une volée de tomates pourries, je dirai que deux comportements décrédibilisent l’autoédition : tenir à tout prix à vendre des écrits « ni faits ni à faire », et vendre de bons textes pour presque rien.
    Bien amicalement,
    Elen

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  9. grenouillegarou dit :

    Merci pour ton article dans lequel je me suis beaucoup reconnue ! J’ai tendance à sévèrement me sous évaluer et j’ai beaucoup de mal à m’imposer (je suis graphiste freelance depuis 2ans et je commence a faire de l’illustration). Je vais essayer de suivre te conseils et me baser sur la grille de prix ca peut toujours servir ! le manque de connaissances quant à al réalité du marché me pénalise beaucoup ! Merci !

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  10. Jean-Baptiste Leteinturier dit :

    300€ pour une couverture, c’est vraiment pas cher ! en dessous c’est franchement ridicule.
    Quand je pense au nombre de sites qui ont franchement besoin de petites illustrations parce que les développeurs ne sont pas des graphistes et quand je vois la qualité du boulot (et les tarifs hyper raisonnables) ça laisse imaginer de magnifiques sites web ^^

    J'aime

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