Comment je suis devenue illustratrice : chance vs travail

On me demande très souvent comment je suis devenue illustratrice, comment j’ai réussi à trouver des clients, comment je fais pour en vivre, etc. Vous donner le nom de mon école (Brassart Nantes) ne servirait pas à grand-chose puisqu’elle n’est pas spécialisée dans l’illustration, et vous raconter en détails les étapes par lesquelles je suis passée ne serait pas forcément plus instructif, vu que chaque parcours est différent.
Alors je ne vais pas vous raconter comment je suis devenue illustratrice, mais plutôt grâce à quoi.

Je suis devenue illustratrice grâce à deux facteurs :

LA CHANCE (un peu)

&

LE TRAVAIL (BEAUCOUP)

 

Le talent ?
Personnellement, je n’y crois pas. On peut avoir toutes les facilités qu’on veut, si on ne les travaille pas, elles ne servent à rien. Pas dans un domaine comme l’illustration, où il y a des milliers d’artistes incroyables qui, eux, prennent soin d’affiner leur style pour évoluer.

 

• Pourquoi j’ai eu de la chance : 
Parce qu’un jour, en terminale, j’ai décidé sur un coup de tête (ou de cœur, je sais pas trop) que j’entrerai dans une école de graphisme au lieu d’aller en fac de bio, et que mes parents ont accepté.
Parce qu’après mes études, ces mêmes parents ont accepté de me loger le temps que je devienne autonome, afin de me permettre de continuer dans cette voie au lieu de me résoudre à prendre le premier boulot qui passait pour m’assumer.

À lire : Mon interview sur Mécanismes d’histoires à propos du métier d’illustratrice


ET
C’EST
TOUT.

 

C’est déjà énorme, mais c’est tout.

Pendant longtemps et jusqu’à très récemment, j’ai cru que chaque chose qui m’arrivait était due à la chance. Tout le monde me le dit, d’ailleurs : j’ai vraiment de la chance d’en être arrivée là où j’en suis. Et j’étais entièrement d’accord. Étant atteinte d’un très merveilleux (non) syndrome de l’imposteur, je ne voyais pas vraiment ce qui pouvait amener les gens à me donner leur argent pour que je leur fasse un dessin alors que d’autres en font des bien plus beaux, si ce n’était cette chance de plus en plus insolente.

Une maison d’édition renommée me contacte pour un devis et signe ? Putain, quel coup de bol ! On m’invite à exposer mes travaux et à participer à des tables rondes ? Wow, la chance ! Je n’ai plus besoin de faire de petits boulots alimentaires pour boucler mes fins de mois ? Mais quelle veine, bordel.

Oui, sauf que tout mettre ainsi sur le dos de la chance, c’est renier toutes mes compétences comme si elles ne comptaient pas ou n’existaient pas, et me laisser croire que tout peut s’arrêter du jour au lendemain sans avoir aucun contrôle dessus. C’est en réalisant ça que je me suis rendu compte qu’en fait, tout ça n’avait rien à voir avec de la chance, mais bien avec le travail.

 

C’est parce que j’ai travaillé comme une tarée pendant mes études que j’en suis ressortie avec de solides connaissances.

C’est parce que je me suis entraînée d’arrache-pied pour combler mes lacunes en dessin qu’ils ont commencé à intéresser des gens en-dehors de mon cercle d’amis.
Je suis diplômée en graphisme ; si j’ai acquis des bases de dessin pendant mes études, je suis très majoritairement auto-didacte dans ce domaine, et il y avait (il y a toujours) beaucoup de choses à améliorer. Pour le faire, je lis des tutos sur internet, regarde des livestream d’artistes pour étudier leur manière de peindre, je pose un objet devant moi et je le dessine pour assimiler comment la lumière se répartit sur les volumes, je me pose dans un parc pour dessiner les gens histoire de consolider mes notions d’anatomie… Ça demande du temps, beaucoup de temps, c’est vrai, et ça ne se fait pas tout seul. 

C’est en bossant pour apprendre à gérer des réseaux sociaux et référencer correctement un site internet, et en faisant en sorte d’y mettre des choses de qualité que les gens ont commencé à m’envoyer des demandes de devis. Si je dessinais comme un pied, avoir 100k followers ne changerait rien : on ne me demanderait pas de faire des couvertures de roman. Je ne connais aucun chef d’entreprise prêt à filer plusieurs centaines d’euros à quelqu’un juste par charité. Plusieurs fois. C’est donc bien que mon boulot leur plaît, même si ça me paraît toujours assez abstrait, honnêtement.
Et aussi parce que je suis fiable, je crois. Les illustrateurs qui disparaissent dans la nature sans donner de nouvelles, il y en a beaucoup (j’en connais), et si je ne suis moi-même pas très régulière dans mes réponses aux emails, en revanche, je tiens toujours mes délais. (ceux donnés au début, pas ceux raccourcis en cours de route, hein, gros malins.)

Même le bouche à oreille, dont on associe souvent le résultat à de la chance, est en fait une question de travail : il n’existerait pas s’il n’y avait rien de bien à dire.
Ou alors, il existerait, mais en mal (et je ne le souhaite à personne.)

 

En bref, je ne suis pas devenue illustratrice grâce aux autres qui m’ont fait une fleur en m’embauchant ; je suis devenue illustratrice parce que j’ai sué sang et eau pour progresser, pour tisser un réseau professionnel et donner envie aux gens de continuer de travailler avec moi, et ce chemin parcouru, je ne le dois qu’à moi.

Alors si, il y a également une petite part de chance dans le fait que ma façon de dessiner plaise à ces gens, parce que les goûts et les couleurs, ça ne se contrôle pas. Mais on ne va pas se mentir : pour tous ceux qui aiment ce que je fais, il y en a autant qui n’aiment pas. C’est la vie. D’où l’intérêt de faire en sorte de chercher à varier ses styles, afin de toucher plus de monde.

 

En conclusion, je vais vous faire une confidence : j’hallucine d’avoir écrit cet article. Parce qu’un jour sur deux, je ne suis carrément pas d’accord et je me laisse de nouveau bouffer par mes angoisses. Mais j’ai bien été obligée d’admettre que j’adhérais à ce raisonnement quand on me l’a fait faire pour une autre personne (qui fait un métier similaire au mien) avant de me foutre en pleine tronche que ce n’était pas différent pour moi.

Et effectivement.

 

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4 réflexions sur “Comment je suis devenue illustratrice : chance vs travail

  1. piewpette dit :

    Je suis tout à fait d’accord. Il y a une part de chance mais encore faut-il la saisir et celle-ci est un facteur minime comparé au travail et à la persévérance. Félicitation pour ce beau parcours ☀️ !

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  2. Because Banana dit :

    Merci de partager l’envers du décor ! C’est toujours intéressant et surtout motivant 🙂 oui, ose être fière de ce que tu fais et de ta réussite ! Je ne sais pas si c’est humain ou assez typiquement français mais il y a une espèce de tabou ou de pensée inconsciente du phénomène d’imposteur comme tu dis … alors que non ;p maisst touchant. Et comme dit merci, merci de partager tout cela comme tes fiertés, ou tes angoisses qui peuvent revenir. On peut les ressentir aussi, et on se sent moins seuls en lisant que d’autres les expérimente aussi, que l’on est pas tout seul dans ces moments étranges.

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