Travail vs Temps libre : comment réussir à trouver le bon équilibre

On a vu dans cet article comment se débarrasser de la culpabilité qui nous empêche de se rémunérer décemment. Mais si vous pensez que l’aspect financier est la seule chose qui peut peser sur le moral d’un free-lance, vous vous mettez le doigt dans l’œil.

 

Aujourd’hui, je vais vous parler d’un autre type de culpabilité, beaucoup plus vicieuse et, de fait, dangereuse : celle provoquée par votre vie privée. 

 

Démonstration :

Ces derniers mois, j’ai eu la chance de voir mon carnet de commandes exploser, au point que mon rythme de travail habituel ne suffisait plus pour tout gérer. N’ayant jamais été confrontée à une telle quantité de choses à faire d’un seul coup, il m’a fallu du temps pour m’adapter, apprendre à refuser des commandes malgré la peur de manquer d’argent (toujours présente quand on est à son compte), et trouver un rythme qui me permettait à la fois d’être efficace sans me bouffer les nerfs.

J’ai galéré. Vraiment.

Je suis passée par un stade où je travaillais 14h par jour et étais incapable d’en dormir plus de 4 ou 5. Je pensais continuellement à comment organiser mon planning du lendemain, comment rectifier tel truc qui ne me plaisait pas sur tel dessin, comment m’organiser alors que ma mère voulait qu’on passe un après-midi ensemble et que j’en avais très envie mais je devais rendre trois couvertures le sur-lendemain et Machin attendait son devis et et et…

Voilà.

C’est de cette culpabilité- dont je veux parler.

Celle qui s’installe petit à petit, de façon très discrète, et qui commence par vous souffler que vous devriez zapper la Zumba ce soir, vous avez trop de boulot. Vous irez la semaine prochaine. Peut-être.
Puis qui vous dit qu’il vaudrait mieux travailler encore une heure ou deux plutôt que regarder les nouveaux épisodes de cette série trop cool, là, ou qu’aller boire un verre avec ces potes que vous n’avez pas vu depuis des lustres.
Qui vous convainc ensuite de reporter ce projet de roman illustré de quelques mois, puis quelques années, car le temps que ça vous demandera sera du temps passé à ne pas travailler, et donc à ne pas gagner d’argent – et à potentiellement le regretter par la suite.
Et ainsi de suite.
Jusqu’à
vous
faire
littéralement
bouffer.

Et ne plus avoir de vie du tout.


Apprendre à ménager du temps pour soi quand on n’est pas soumis à des horaires de bureau est loin d’être simple.
On a tendance à ne pas savoir quand s’arrêter, à vouloir continuer encore un peu (on a « presque » fini)(3h plus tard on y est encore), voire à oublier de manger parce qu’on est emporté dans notre élan, et oh merde il est déjà 1h du matin ?

Et puis, on se dit que plus vite les commandes sont finies, plus vite on s’occupe des suivantes, et plus on peut en accepter, et il faut gagner le plus d’argent possible tant qu’on peut, qui sait de quoi sera fait le mois suivant ?
Ça, c’est le niveau 1 de la pression, celle qu’on se fout tout seuls comme des grands.
Enfin, que moi, je me fous toute seule, mais je sais ne pas être un cas isolé, donc je me permets, hein.

Quand on est présent sur les réseaux sociaux, s’y soustraire devient carrément compliqué, parce qu’on rajoute un niveau de pression supplémentaire : celui du jugement des autres, qu’il soit intentionnel ou non.
Parmi ces autres, nos clients. Qui vont regarder ce qu’on poste et en déduire avec plus ou moins de pertinence ce qu’on fait de nos journées, avant de venir nous glisser un e-mail l’air de rien pour nous rappeler que hé, c’est bien beau de dessiner le héros de ton roman wattpad, là, mais tu bosses des fois, ou bien ?

Parfois formulé très exactement comme ça.

 

quoi

 

Lorsque je mettais en place la campagne de financement participatif pour mon sketchbook Fragmentsj’étais justement noyée sous cette vague de boulot et de deadlines de l’enfer qui m’empêchaient de dormir. Je bossais 14h par jour, prenais une demi-journée de repos de temps en temps, dont je ne profitais pas car je ne faisais que penser à tout ce travail que je n’étais pas en train de faire.
Le temps passé à travailler sur mon sketchbook, je l’ai pour ainsi dire volé. Et quand, ENFIN, j’ai terminé la couverture et que je l’ai partagée sur facebook…

J’ai reçu pas moins de trois e-mails de clients me demandant comment j’avançais sur leur projet, l’un d’entre eux disant très explicitement que vu que j’avais le temps de dessiner pour moi, sa commande devait être finie, non ? 😉

Ça m’a foutue dans une colère noire.
D’ailleurs, j’ai commencé à écrire cet article juste après avoir envoyé chier cette personne (oui, le respect est à double-sens, si jamais, et le mépris aussi, bisou)

Petite info incroyable mais vraie :

Prendre du temps pour soi, ça ne veut pas dire qu’on se la touche.
Ça veut tout simplement dire qu’on a une vie privée, et qu’on l’occupe comme on le souhaite. Peu importe que soit en élevant un gamin, en randonnant, en faisant la fête ou en dessinant : personne n’a son mot à dire là-dessus.

Ce genre de remarque « innocente » n’est pas si rare qu’on pourrait le penser et me sort par le nez. Cette manière de faire, en plus d’être déplacée, sous-entend ni plus ni moins que nos projets persos devraient forcément passer après ceux des autres.
Ça n’a pas de sens.

Déjà, parce qu’on a tous besoin de prendre du temps pour soi pour réussir à s’investir pour les autres. C’est comme ça qu’on recharge nos batteries et qu’on peut continuer à avancer ; enlevez-le et on finit par exploser.

Ensuite, parce que si on devait attendre de ne plus avoir de boulot pour monter ses projets, alors on n’en monterait jamais. On ne dessinerait plus pour soi, on n’oserait plus faire d’autres choses qui nous plaisent non plus et au final, on n’oserait plus rien faire du tout.

Ça vous est sûrement déjà arrivé d’être anxieux parce que vous avez plein de choses à faire, du coup vous n’arrivez à rien faire, et du coup vous êtes encore plus mal parce que vous ne faites rien alors que vous avez plein de choses à faire ?

Voilà exactement le genre de blocage que ces remarques provoquent.

 

Dans cette table ronde sur l’illustration à laquelle j’ai pris part lors des Aventuriales de Ménétrol, j’ai eu un violent trou de mémoire (la fatigue) au moment où je voulais expliquer que continuer de dessiner pour soi en-dehors du boulot n’est pas qu’une affaire de plaisir ; c’est également une question de survie. Un moyen de relâcher la pression, de se vider la tête, de tenter de nouvelles choses qu’on n’ose pas faire sur des travaux pro, de recharger ses batteries et de retourner plus sereinement au travail.
C’est une soupape essentielle sans laquelle on finit par péter un câble et ne plus réussir à faire quoi que ce soit.

Donc franchement, moi, qu’on vienne me fliquer dès que je montre que ma vie n’est pas dédiée H24 à mon boulot, ça me surgonfle. Parce que je ne compte certainement pas délaisser mes loisirs (même s’ils sont les mêmes que mon métier) pour une poignée d’inspecteurs des travaux finis à la mords-moi-le-nœud.

Aujourd’hui, avec l’expérience, je crois réussir à prendre suffisamment de recul pour ne plus (trop) me laisser culpabiliser par ce genre de remarque. Mais je n’ai plus envie de laisser passer ce genre de comportement d’autant plus dangereux que ces gens ne sont pas toujours conscients du problème (et contribuent à l’aggraver).

Il est important d’en parler. Que chacun se rende compte que certaines choses ne sont pas normales, et qu’on puisse poser clairement ses limites avant qu’il ne soit trop tard et qu’on se flingue la santé.

 

Quand on traîne un peu dans les sphères créatives des réseaux sociaux, on a tendance à penser que s’user au travail est normal. Beaucoup d’artistes que je suis passent leur vie devant leur ordinateur et se plaignent régulièrement de problèmes de dos, de poignets, d’anxiété, et il n’est pas rare de voir passer des annonces gênées disant qu’ils s’absentent quelque temps parce qu’ils ont été forcés de prendre du repos pour ne pas faire subir de dommages irréversibles à leur santé.
Certains pensent que c’est drôle, même, voire classe, et qu’un vrai artiste ne l’est que s’il se saigne pour son Art avec un grand A. Sinon, c’est qu’il est un peu fainéant, pas méga investi. C’est la norme.

POURQUOI.

Parce que, quand on a la chance de vivre de sa passion (ah, cette phrase aussi me sort par le nez), on doit être prêt à faire des sacrifices ? Et comme ils ne sont pas financiers (sales rats vénaux) on doit prouver qu’on mérite cet argent en se saignant aux quatre fromages ? Vous trouvez ça sain, vous ?

 

honteux.gif

 

Inutile de dire que je ne suis absolument pas d’accord avec cette manière de penser, qui démontre encore une fois le mépris ordinaire pour les métiers artistiques : la qualité de notre travail à elle seule ne suffit pas, il faut montrer qu’on mérite notre place et l’argent qu’on gagne d’une autre manière.

Les réseaux sociaux ne sont qu’une affaire de paraître : ce qu’on y montre est soigneusement choisi pour faire ressortir ses meilleurs côtés et cacher le reste sous le tapis.
Vous ne me verrez pas y étaler mes soucis. Non, vous verrez passer des work in progress, des blagues pourries, et vous verrez surtout toutes ces illustrations terminées, que je partage avec un enthousiasme qui tend à faire penser que les réaliser est facile et amusant. Ça l’est parfois, bien sûr. Mais il y a tout un pan de réalité que je ne montre pas, et que les autres ne montrent pas non plus. Parce qu’elles ne vous regardent pas(je trouve ça dingue de devoir l’expliquer)

Les réseaux sociaux sont un formidable outil de communication qui permet de rapprocher créateurs et admirateurs, en offrant à ces derniers une fenêtre sur le quotidien des artistes. Mais ce que les gens oublient, c’est justement qu’il ne s’agit QUE d’une fenêtre, et non des putain de clés de la baraque tout entière.

Ainsi, quand je partage la couverture de mon sketchbook sur ma page, je ne dis pas qu’il m’a fallu trois semaines pour la faire, parce que je ne pouvais m’en occuper qu’entre 1h et 3h du matin en volant ces heures-là à mon sommeil. Je ne dis pas que j’ai appelé ma sœur en chialant parce que j’avais peur de ne pas y arriver et que j’en ai fait une crise d’asthme.

Est-ce que je devrais le dire pour qu’on arrête de penser que je me la touche au lieu de bosser ?

Certains le font. Personnellement, je n’aime pas l’idée d’utiliser les réseaux sociaux comme un journal intime. Pour moi, ce sont des outils de travail, une vitrine sur mon savoir-faire, et je ne tiens pas à faire étalage du reste si ça n’a rien à voir avec mon domaine de compétence.

Mais le faire pour ces raisons-là ? Certainement pas. Je ne vois pas pourquoi on devrait jouer sur le pathos pour gagner un peu plus de crédibilité, et ceux qui établissent leur échelle de valeur là-dessus sont des abrutis.
Les gens peuvent fantasmer ma vie comme ils veulent, m’envoyer des emails culpabilisants sous-entendant qu’ils m’espionnent partout où je daigne poster, je n’ai pas à céder à ce genre de manipulation.

Et vous non plus.

 

Comment réussir à résister à cette pression et à se défaire de cette culpabilité ?

Je n’ai pas de recette miracle. Personnellement, tant que mes travaux sont rendus en temps et en heure, je suis assez sereine pour ignorer ces remarques. La plupart du temps. La première chose que je peux vous conseiller est donc de prendre conscience de vos limites et de ne pas vous surcharger, afin de vous sentir bien : si vous n’avez rien à vous reprocher (pas de retard de rendu, etc.) alors personne n’a rien à dire.

Ensuite, n’oubliez jamais que la seule chose que vous devez à vos clients, c’est du professionnalisme : ils n’ont pas à s’immiscer dans votre vie privée si vous ne le souhaitez pas, et vous avez parfaitement le droit de le leur signaler. Même si vous partagez vos états d’âme sur internet, c’est toujours votre choix.
Vous avez même le droit de cesser une collaboration en cours si ça va trop loin. Le gros avantage du free-lance, c’est quand même de pouvoir dire merde aux cons sans patron pour vous virer. Profitez-en et protégez-vous. Posez clairement vos limites et ne laissez personne les dépasser.

De fait, ne vous sentez pas obligés d’accepter leurs invitations sur Facebook. Votre compte privé a le droit de le rester. Personnellement, je refuse systématiquement les demandes en ami de mes relations professionnelles. Aucune exception. Question de tranquillité. J’ai une page facebook, un site, une adresse e-mail où on peut me contacter, et c’est largement suffisant sans qu’en plus on s’incruste dans ma sphère privée.

Enfin, discutez-en avec vos proches.
Si votre travail vous mine, si votre santé commence à se faire la malle (les troubles du sommeil et de l’alimentation ne sont pas à négliger), si quelque chose cloche dans l’une de vos collaborations : ne le gardez surtout pas pour vous. Vos proches vous aideront à prendre du recul et à trouver des solutions aux situations qui vous paraissent insurmontables.

 

 

ouais

 

 

5 réflexions sur “Travail vs Temps libre : comment réussir à trouver le bon équilibre

  1. Enirtourenef dit :

    Sur le fait que si tu fais des trucs perso alors le projet client est fini… c’est con. Je veux dire, les gens qui ont des horaires de bureau, on leur dit pas « si t’as le temps de faire prendre sa douche à ton gamin, alors t’as fini ton boulot » ou « si t’as le temps de lire après manger, t’as fini ton boulot », une fois que la personne a quitté le bureau, elle fait ce qu’elle veut…

    Aimé par 1 personne

  2. Hiéra dit :

    J’aimerais te dire que tu peux lever le pied, et qu’il ne faut pas mettre ta santé et ton bien-être en danger, mais c’est plus facile à dire qu’à faire si ta situation financière est en jeu….
    La question de l’organisation m’intéresse, même si je ne suis pas freelance. Je travaille dans l’informatique, et il y a une grosse réflexion sur la gestion de projet dans ce domaine et il y a peut-être des outils que tu peux utiliser. Peut-être que tu fais déjà tout ça, mais ça pourrait servir à d’autres personnes, on sait jamais^^.
    Je travaille sur une application où on a des « clients » (en fait ce sont simplement d’autres équipes de la même entreprise) qui nous font des demandes d’améliorations, avec chacun ses propres deadlines et notre équipe est évidemment en sous-capacité : forcément, ça coince…
    La première chose qu’on fait, c’est d’estimer la durée que va prendre chaque demande (c’est pas forcément précis, mais ce n’est pas le but), et aussi le temps que nous avons de disponible en fonction des congés de chacun, etc. Dans ton cas, en comparant le nombre d’heures où tu veux/peux travailler par semaine, le nombre de projets que tu suis en même temps et le temps estimé pour chaque projet, tu peux à la fois voir si c’est humainement possible de faire ce qu’on te demande, et éventuellement essayer de renégocier tes deadlines (je sais, plus facile à dire qu’à faire).
    Ensuite, je me doute que ce n’est pas facile de refuser des clients, mais tu peux peut-être, en te basant sur tes estimations de planning dire « je suis prise jusqu’à telle date, je ne peux prendre votre projet qu’ensuite »; Effectivement tu prends le risque de perdre le contrat, mais ce n’est pas forcément une mauvaise publicité puisque ça signifie que tu es très demandée (ça marche peut-être plus ou moins bien selon les industries). Au moins ça peut te permettre immédiatement d’annoncer une date de « livraison » du projet qui soit plus gérable pour toi.
    Et je pense qu’il ne faut pas hésiter à être très transparente dès le début avec tes clients, parce que certains ne se rendent peut-être pas forcément compte. Ça peut être une bonne chose d’être claire sur le nombre d’heures que va te prendre le projet, mais aussi sur le fait que tu peux avoir d’autres clients en parallèle, et même sur le fait que tes projets « perso » sont une partie de ta vie professionnelle (quitte à négocier un surcoût si ton client veut que tu bosses à 100% pour lui pendant une période donnée). Si tu expliques au client que tu ne seras qu’à 30% sur son projet par exemple, il ne pourra plus râler s’il voit que tu travailles sur autre chose. Et s’il râle, tu peux lui rappeler que tu l’as prévenu dès le début, et l’envoyer balader si nécessaire^^. En plus, avoir des estimations de nombre d’heures, des estimations de % de temps que tu alloues à chaque projet, etc donne tout de suite l’air sérieux (et peut donc aider à chasser l’idée que « tu fais ça pour t’amuser »), et ça te donne des bases de négociation solide si par exemple tu ne peux mathématiquement pas faire rentrer le nombre d’heures de boulot restantes avant ta deadline.
    Peut-être que tu fais déjà tout ça, je n’essaie pas de te faire la leçon^^, mais c’est un sujet qui me concerne (même si moi je le gère confortablement avec un salaire fixe et dans une journée de travail classique) et qui m’intéresse beaucoup. Je te souhaite surtout beaucoup de courage, et j’ai énormément d’admiration pour le travail que tu fais ! Merci pour cet article, qui est sûrement indispensable pour beaucoup de freelance et auto-entrepreneurs…

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  3. Amandine dit :

    Un article plus que nécessaire au vue de la situation des professions artistiques en France (et sans doute dans le monde) en ce moment. L’argument que l’on vit de notre passion et donc qu’on devrait s’oublier est sans doute celui qui m’enrage le plus…
    Courage, et prend soin de toi.

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  4. Because Banana dit :

    Merci pour ton article et d’avoir partagé ton coup de gueule, de façon constructive en plus 🙂 je t’avoue ne pas connaitre le monde des free-lance mais certains de tes conseils font écho de manière générale dans le monde du travail ou autre. C’est bien de se rappeler que nous sommes humains avant tout, et pas juste une main d’oeuvre sans ressenti et qui apporte juste de la valeur ajoutée en fonction de notre temps de travail. Notre état personnel nous permet de garder l’équilibre et en plus d’être plus efficient ahaha et il faut profiter de la vie ! En gérant notre culpabilité et celle que nous impose les autres. Certains le comprennent (heureusement de plus en plus) mais ça semble rester nouveau. Et j’espère comme tu le dis, que la perception sur les artistes changera.

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