Édition à compte d’éditeur, à compte d’auteur, auto-édition : quelles différences ?

On entend souvent parler des différents types d’édition existant, mais c’est parfois un peu dur de s’y retrouver quand on débute, d’autant plus que chaque éditeur est unique et possède sa propre manière de faire les choses. L’édition à compte d’auteur aime bien se cacher derrière des formulations ambiguës, celle à compte d’éditeur rame pour se maintenir à flot et pour ce qui est de l’auto-édition, on a du mal à imaginer ce que ça représente vraiment.
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Petit rappel des différents types d’édition :

L’édition à compte d’éditeur se caractérise par une prise en charge financière complète de l’édition de l’œuvre, l’auteur n’a rien à débourser. Un peu le Graal de tout auteur (ou pas, cf mont article « Pourquoi s’auto-éditer »).

L’édition à compte d’auteur, c’est presque pareil, sauf que vous devez payer pour avoir droit à un ou plusieurs services (la correction, la couverture, un travail d’édition…) pouvant atteindre des sommes pharaoniques.

• Dans l’auto-édition, vous êtes les seuls maîtres à bord, et vous faites TOUT. Tout simplement.

 

Pour aller plus dans les détails, ces trois types d’édition se démarquent suivant quatre critères : le processus éditorial, l’aspect juridique, l’aspect financier et, enfin, le marketing.

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I – Concernant le processus éditorial :

Vous avez terminé d’écrire votre roman, vous l’avez relu, corrigé au maximum, fait tout ce que vous pouviez pour l’améliorer. Maintenant vient le temps du travail éditorial, qui consiste à retravailler encore une fois le texte, à le corriger de fond en comble, à le mettre en page et à créer l’objet-livre avec tous ses aspects.

Dans l’édition à compte d’éditeur, vous n’avez (presque) rien à faire !
• L’éditeur se chargera de relire votre texte pour traquer les dernières incohérences, les formulations maladroites et les passages à revoir pour vous les faire réécrire jusqu’à ce que mort s’ensuive.
• Ensuite, il confiera la version définitive de votre texte à un ou deux correcteurs professionnels afin d’en éradiquer les dernières coquilles.
• Selon ses moyens, ses compétences et le temps dont il dispose, il fera appel à un graphiste pour la mise en page du roman, ou il s’en occupera lui-même.
• Il s’occupera de contacter un illustrateur pour réaliser la couverture de votre roman ainsi que d’éventuels produits dérivés tels que des marque-pages.
• Il se procurera le numéro ISBN de votre livre et effectuera son dépôt légal auprès de la BNF.
• Enfin, il enverra le livre chez l’imprimeur.

Dans l’édition à compte d’auteur, ces différentes parties fonctionnent de manière plus ou moins individuelles et chacune est payante. L’éditeur vous proposera des forfaits tournant aux alentours de quelques milliers d’euros en fonction des différents services, sachant qu’il y a une base à payer juste pour l’impression.
Par exemple, vous pouvez choisir un forfait « correction et mise en page » pour la modique somme de 2000€, et vous occuper de chercher vous-même un illustrateur, que vous allez payer de votre poche (comme tout le reste, quand on y pense).

Ce mode d’édition est, à mon sens, le pire de tous et je le considère clairement comme une arnaque : quitte à payer des milliers d’euros pour avoir droit à un travail, disons-le, pas toujours bien fait, autant rester maître de son roman et se tourner vers…

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L’auto-édition, quant à elle, est très simple : vous faites tout ! TOUT, de A à Z.
• Vous vous relisez, vous corrigez, vous occupez de la maquette du roman, contactez les imprimeurs pour établir des devis, achetez votre ISBN auprès de l’AFNIL, effectuez le dépôt légal à la Bibliothèque Nationale de France, tout.
• Si les compétences vous manquent ou si vous en avez envie, vous pouvez faire appel à différents professionnels indépendants, qui se feront une joie de vous envoyer des devis et de vous aider à donner à votre roman la qualité qu’il mérite. Correcteur, graphiste, illustrateur… autant de métiers qui peuvent vous aider, moyennant finances.

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II – L’aspect juridique :

La première chose à laquelle on pense, c’est « le contrat d’édition et les droits d’auteurs liés », mais il y a davantage de choses qui diffèrent.

Si vous vous faites éditer à compte d’éditeur, effectivement, votre seule préoccupation sera le contrat d’édition et ses clauses — clauses qu’il faut lire très précautionneusement, parce que même là, on peut se faire avoir.

Si vous optez pour le compte d’auteur, c’est la même chose, et le contrat doit être décortiqué avec soin.
Note : si vous faites appel à un illustrateur pour votre couverture, le contrat d’illustration devra être fait avec l’éditeur et non avec vous, même si c’est vous qui payez. En effet, les droits sont cédés à celui qui exploite l’œuvre, et dans ce cas précis, il s’agit de l’éditeur.

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Enfin, si vous vous tournez vers l’auto-édition, il va falloir vous accrocher. Certes, vous n’aurez aucun contrat à établir et vous pourrez jouir entièrement de votre œuvre, mais en contrepartie, vous allez devoir gérer un tas d’autres choses :

• Premièrement, le dépôt légal de votre œuvre. Si vous vous auto-éditez pour partager votre livre avec votre famille, ce n’est pas nécessaire, mais admettons que vous ayez choisi l’auto-édition pour toucher un large public, ce qui arrive dans la majorité des cas, il va vous falloir 1- acheter un numéro ISBN auprès de l’AFNIL, puis envoyer un exemplaire de votre livre, terminé, imprimé, tout beau, à la BNF pour effectuer le dépôt légal (et ceci est obligatoire).

• Si vous faites appel à un illustrateur pour votre couverture ou pour tout autre visuel en rapport avec votre roman, il faudra établir un contrat. Comme toute création artistique, les illustrations sont soumises au code de la propriété intellectuelle et possèdent quelques subtilités pas forcément évidentes à appréhender (notamment le fait que même si vous la payez, une illustration ne vous appartient pas et vous ne pouvez donc pas en faire ce que vous voulez ; l’illustrateur aura toujours son mot à dire sur l’utilisation de ses œuvres) et je vous invite à lire cet article pour en savoir plus. Ce contrat le protégera d’une utilisation abusive de son œuvre, mais vous protégera également vous, en empêchant par exemple l’illustrateur de céder les droits de votre couverture à une autre personne, qui pourra l’utiliser à son tour comme visuel.

• Enfin, sachez qu’il est illégal, en France, de pratiquer une activité commerciale sans être déclaré. Quand vous décidez de vous auto-éditer, vous décidez de faire commerce de votre livre. Vous allez générer des revenus, et ces revenus doivent être déclarés. Pour ce faire, une seule solution : créer votre auto-entreprise. Vous paierez des cotisations pour chaque livre vendu, de manière mensuelle ou trimestrielle, et voilà.
Cependant, il existe une alternative à l’auto-entreprise, mais elle ne vous permettra pas de vous enrichir : créer une association. Vous ne paierez rien aucune taxe, mais vous ne toucherez rien non plus, car tout l’argent récolté devra obligatoirement être réinjecté dans les caisses de l’association. Cette option n’est envisageable que dans le cas où vous ne souhaitez pas essayer de vivre de votre plume, et si vous avez prévu d’éditer plusieurs livres pour utiliser l’argent des ventes du premier.

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III – L’aspect financier :

C’est peut-être le plus simple de tous.

À compte d’éditeur, vous n’avez strictement rien à payer, pas un seul cent, et j’insiste sur ce point. Si on vous demande de participer au financement de la couverture de votre livre sous prétexte d’aider une petite maison d’édition, ce n’est pas du vrai compte d’éditeur, peu importent les excuses qu’on vous sert. Pour en savoir plus sur le compte d’auteur déguisé, rendez-vous sur cet article.
Attention cependant : ce n’est pas parce qu’un éditeur ne peut pas payer vos déplacements en salon qu’il devient un éditeur à compte d’auteur. Le compte d’éditeur et d’auteur se rapportent uniquement à l’édition de l’ouvrage.
La seule chose qui vous préoccupera par la suite, ce sont vos droits d’auteurs : votre éditeur est tenu de vous les payer chaque année à une date définie dans le contrat, à laquelle il vous fera également parvenir ce qu’on appelle une reddition de compte, un inventaire des ventes de votre livre.

À compte d’auteur, vous payez une partie des frais, voire l’intégralité. Le pourcentage ne compte pas : payer pour être édité, même à hauteur de 10€, c’est ce qui qualifie le compte d’auteur, comme son nom l’indique (l’auteur prend les frais à son compte).

En auto-édition, vous payez TOUT. Le correcteur et le graphiste si vous en avez, l’imprimeur, le dépôt légal, l’emplacement de votre stand sur les salons… tout. C’est également à vous de gérer toute votre trésorerie et de tenir votre comptabilité à jour. Rien d’insurmontable si on est un peu organisé.

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IV – Le marketing :

Celui-là est à mon sens le plus compliqué de tous les aspects de l’édition. Parce qu’une fois que votre livre sera édité à 300, 800 ou 5000 exemplaires, il faudra faire en sorte qu’il se vende, sinon tout ça n’aura servi à rien.

Dans l’édition à compte d’éditeur, c’est votre éditeur qui se chargera de faire la promotion de votre roman. Il s’occupera donc de payer les emplacements des stands sur les salons littéraires, les PLV (publicité sur lieu de vente, comme des présentoirs), d’éventuelles publicités dans des revues ou sur internet et produira, pourquoi pas, des produits dérivés tels que des badges ou des marque-pages. C’est également lui qui s’occupera de diffuser votre livre, par l’intermédiaire d’un diffuseur ou non, et d’organiser des séances de dédicaces dans des librairies ou lors d’événements particuliers.
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Leurs auteurs sont évidemment mis à contribution sur les réseaux sociaux et lors de séances de dédicaces, et ils sont libres d’organiser des salons ou des rencontres de leur côté s’ils le souhaitent, avec l’accord de leur éditeur. Mais ceci ne va pas sans le reste.

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Dans l’édition à compte d’auteur, ça se complique. Je n’ai encore jamais vu aucun de ces éditeurs assurer une vraie communication aux romans, la plupart des auteurs doivent se débrouiller seuls pour faire la promotion de leurs livres et là, c’est un peu compliqué. D’une part parce que l’édition à compte d’auteur est suuuuuper mal vue, et d’autre part parce que les gens qui se font avoir par ce système sont majoritairement des novices qui ne savent pas trop s’y prendre.

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En auto-édition, c’est aussi compliqué qu’à compte d’auteur, et vous aurez besoin de développer une vraie fibre commerciale pour réussir à faire vivre votre livre au-delà de vos cartons et de votre page facebook.

• Déjà parce que tous les frais seront à votre charge, et qu’après avoir fait imprimer 300 livres, on n’a plus forcément de budget pour créer autre chose.
• Ensuite, parce que l’auto-édition est encore mal vue, même si ça commence un peu à évoluer. On a en effet tendance à penser, (à tort ou à raison, je ne suis pas là pour juger) que la qualité d’un roman auto-édité est forcément inférieure à celle des livres édités par des éditeurs. Il vous faudra donc faire vos preuves, tout le temps, et apprendre à vous vendre sans pour autant vous transformer en marchand de poissons.
Faire la promo d’un livre demande beaucoup d’énergie, mais aussi de contacts : préparez-vous à passer du temps au téléphone, sur les routes, ou à répondre à vos mails afin de préparer des séances de dédicaces, d’organiser des salons ou de déposer vos romans en librairie.
• Concernant ce dernier point, il faut savoir qu’il est hélas très difficile de laisser un roman auto-édité en dépôt-vente chez un libraire, même indépendant. Il y a tellement de livres qui sortent en France qu’ils ne peuvent pas tout mettre, et ils privilégient les romans édités par des maisons d’édition, gage de qualité et de sérieux à leurs yeux. Cependant, ce n’est pas impossible ; il faudra juste vous montrer patient et y passer du temps.
• Enfin, vous devrez apprendre au moins la base des logiciels de montages, tels que Photoshop ou the Gimp, afin de pouvoir créer vous-mêmes votre site internet, vos produits dérivés et vos publicités. Vous ne pourrez pas faire appel à un graphiste à chaque fois que vous lancez un concours sur votre page, que vous ferez une promo sur votre site ou que vous voudrez imprimer un nouveau flyer.

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Voilà, je pense avoir fait le tour des principales différences entre les différents types d’édition et pour conclure, je dirai qu’il n’en existe pas une meilleure qu’une autre (sauf l’édition à compte d’auteur, mais chut). Tout dépend de vos attentes et de l’énergie que vous êtes prêts à investir pour parvenir à vos fins.
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À vous de trouver ce qui vous correspond le mieux, et bonne chance !

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4 réflexions sur “Édition à compte d’éditeur, à compte d’auteur, auto-édition : quelles différences ?

  1. Eline dit :

    Bonjour,
    j’apprécie beaucoup vos articles et j’aimerais connaître votre avis sur les appels d’offres déguisés en concours où l’annonceur peut se permettre de faire travailler une panoplie de graphiste gratuitement pour son projet et des droits patrimoniaux exploités à outrance de l’oeuvre sélectionnée au détriment de son créateur.
    A ce jour, j’ai l’impression que tous les concours favorisent la culture du gratuit alors qu’ils devaient sûrement exister pour révéler des talents. Du coup, je ne m’y retrouve plus et ne sait plus à quel saint m’y fier.
    Bien à vous,
    Eline.

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    • tiphs dit :

      Bonjour !

      Alors les « concours », c’est tout simple : je les vomis, et je les boycotte quand j’en vois.
      Pour faire découvrir de nouveaux talents, il existe de vrais concours dont la portée n’est pas commerciale, des projets communs et/ou caritatifs auxquels les artistes peuvent se joindre et c’est uniquement ceux-ci qui devraient être viables.

      Les concours dont tu parles sont des appels d’offre déguisés qui font marcher ce qu’on appelle le travail spéculatif : des centaines de personnes vont travailler des heures gratuitement, pour rien. C’est comme si, dans n’importe quel autre métier, on faisait venir tous les candidats à un poste, qu’on les faisait travailler une journée comme un employé normal et qu’à la fin on leur disait « alors, on va garder seulement Machin, mais il ne sera pas rémunéré ». C’est absurde et dangereux.
      Les « concours » offrant une dotation pécuniaire au gagnant sont à mettre dans le même panier : ce n’est pas parce qu’on payera un type 3000€ que ça fera oublier tous les autres (même si cette somme paraît immense, elle est ridicule à côté des budgets publicitaires. L’entreprise lançant le concours n’a rien à carrer de découvrir de nouveaux talents, elle veut juste économiser sa thune)(Entre nous, je ne connais personne qui a vu sa carrière exploser parce qu’il aurait fait « la nouvelle carte bleue de la Société Générale » ou « l’affiche du printemps du cinéma ». Donc il n’y a pas vraiment de découverte de nouveaux talents, juste la découverte de nouveaux pigeons, au mieux).

      Un essai, quel qu’il soit, se rémunère.
      Du coup pour résumer : si les concours ont pour vocation une exploitation commerciale, c’est à fuir.

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      • Eline dit :

        Bonjour, merci pour votre retour éclairé sur la question !

        J’avais aussi une autre question (peut-être que je suis passée à côté en lisant vos articles) : les correcteurs ont-ils un droit d’auteur sur l’ouvrage qu’ils corrigent ? Peuvent-ils revendiquer d’être co-auteur, voir d’être auteur d’un ouvrage s’ils ont remplacé entièrement un paragraphe ou une page de leur plume ?

        Bien à vous,
        Eline

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      • tiphs dit :

        Alors je ne peux malheureusement pas répondre, n’étant pas correctrice. Ce dont je suis à peu près certaine en revanche, c’est que jamais un correcteur ne pourra prétendre être auteur ou co-auteur : toutes ses corrections doivent être approuvées par l’auteur, ça ne peut pas être fait dans son dos. Il n’est donc pas question de remplacer des paragraphes. En revanche, c’est différent pour les traducteurs.

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