Troubles, de Jennifer Provins

 

J’ai connu Troubles lorsqu’elle était encore publiée sur internet, que le blog ne contenait que le premier jet incomplet du roman. Déjà à l’époque, j’avais été séduite par la douce plume de Jennifer Provins et l’intrigue originale de son récit, c’est pourquoi je n’ai pas été étonnée lorsque j’ai appris que le livre allait être édité grâce à My Major Company. Je ne suis pas vraiment adepte de l’auto-publication, sans pour autant avoir de vilain préjugé à ce sujet, et ce roman est le premier du « genre » que j’ai entre les mains.

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Alors, bonne surprise ou pas ?
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Concernant le roman en lui-même, je regrette un petit souci de façonnage : la couverture, très fine et dont le papier se plie facilement, se détache par endroits et m’oblige à manipuler le livre avec beaucoup de précautions. Mais bon, mon tome 4 de Harry Potter a carrément tout un livret qui s’est décroché, et la page de la mort de Cédric — oups, spoiler — est carrément volante, sans parler de mon tome 5 dont le doré ne tient pas… alors j’ai l’habitude des livres fragiles. Et l’auteur n’y peut rien, les défauts de fabrication arrivent et les imprimeurs sont parfois un peu… fantaisistes. J’en sais quelque chose.
Fort heureusement, les couleurs de la couverture sont restées identiques à ce qui sortait à l’écran et, surtout, l’impression du texte est droite !
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Petit regret par rapport à la justification de ce dernier : l’interlettrage n’a pas été travaillé, ce qui donne parfois des lignes de cinq ou six mots très espacés et à l’oeil, ce n’est pas hyper joli.
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La mise en page, très aérée, est différente et plus élégante que les livres publiés par des maisons d’édition. Les marges sont très grandes, le texte respire, c’est classe. Peut-être un peu trop pour un « simple » roman, quand on sait qu’en imprimerie, les grandes marges blanches sont réservées aux ouvrages d’art de grande qualité et chers. Mais moi, ça me plaît, c’est beau, j’aime quand il y a du « vide » dans les mises en page — déformation professionnelle — et j’ai juste kiffé lire, même si de telles marges ont dû augmenter le coût d’impression.

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Mais sinon, Troubles, ça parle de quoi ?
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L’histoire se passe dans un futur relativement proche, dans les années 2200.
Clara, une jeune étudiante, se retrouve condamnée pour un crime qu’elle n’a pas commis et atterrit à l’hôpital Saint-Étienne, qui n’est ni plus ni moins qu’un asile de fous. Là, on lui retire tout ce qui fait son identité : ses vêtements, tous ses effets personnels et même son prénom, remplacé par le numéro #2432.
Commencent alors de longs mois d’horreur, une violente descente aux Enfers au cours de laquelle Clara menace de sombrer dans la folie. Mais elle n’est pas seule. Son autre moitié, sa seconde personnalité, la sanguinaire Carla, veille sur elle…
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En fait, j’aurais eu plus vite fait de recopier directement le résumé, qui est très bien rédigé.
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Au niveau de la forme, j’ai relevé, hélas, de nombreuses fautes d’orthographe et de grammaire que le passage d’une correctrice professionnelle n’a pas gommé, ainsi que quelques répétitions et de petites incohérences dans les dates (on passe du XXIII° siècle à l’an 2122, pour repasser en 2201 quelques pages plus tard)… mais rien de trop gênant. Ce n’est pas une excuse, mais c’est de l’auto-édition, et que les fautes soient un peu plus nombreuses que dans un livre publié par une maison d’édition ne me surprend pas.
Et, du reste, cela ne gâche en rien l’intrigue.
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Puisqu’on en parle, j’ai dit que j’avais déjà lu le premier jet de cette histoire, et j’ai redécouvert l’univers de Jennifer avec plaisir, heureuse de constater que la réécriture avait largement augmenté la qualité du roman.
Je n’aime pas vraiment les récits psychologiques, et encore moins ceux traitant des asiles psychiatriques et des tortures psychologiques importantes, mais là, étrangement, ça passe, et ça passe très bien même ! Jennifer a une plume très douce, tout en nuances et en retenue, elle ne va jamais trop loin et sait s’arrêter là où il faut pour ne pas trop choquer le lecteur. Les aspects les plus sordides sont masqués avec talent sans qu’ils soient inexistants pour autant. Un parfait équilibre entre décence et réalisme.
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On voit tout à travers les yeux de Clara, parfois ceux de Carla, et on est plongés dans la même léthargie qu’elles. Je suppose que certains déploreraient le manque de dynamisme dans le récit, mais pour ma part, il me va bien ainsi : l’action, la vraie, arrive à la toute fin, après une lecture rapide qu’on n’a pas vue passer tellement elle est prenante.
En attendant on assiste, impuissants, à la survie de Clara et à son vain combat contre son double, sa deuxième personnalité sanguinaire qu’elle voit comme une personne distincte et sur laquelle elle n’a aucun contrôle. Clara est schizophrène, mais elle ne l’admet pas. Carla n’est pas elle, elle n’est pas malade. On sent, au travers de leur relation complexe, toute la profondeur des personnages et le travail mené par l’auteur pour les rendre humains et touchants.
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Verdict, on finit par s’attacher irrémédiablement à Clara, et la fin est juste horrible.
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Cependant, il y a des choses qui m’ont gênées. 
Je me suis demandée pourquoi cette nécessité de raconter une histoire dans le futur. Pourquoi insister sur la disparition des livres et du papier, sur la société visiblement dystopique qui s’est mise en place (on évoque le recul des droits des homosexuels, par exemple)… alors que l’hôpital est complètement en dehors du temps ? Certes, il fallait montrer que le temps avait arrêté de s’y écouler depuis longtemps, mais cela aurait pu être mis en scène plus simplement. Pour moi, la transposition au futur ne sert pas vraiment l’intrigue et interpelle même plus qu’autre chose.
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Ensuite, j’ai été étonnée de voir le peu de surveillance dont font l’objet les prisonniers. Que les caméras ne marchent plus dans les escaliers peuvent trouver leur justification dans un éventuel refus de l’état d’investir encore plus d’argent pour des aliénés, en revanche, le manque de personnel, difficilement. Le but est de les garder enfermés, de les faire oublier aux yeux du monde, de les rendre dociles, or, comment le faire quand, pour une centaine de détenus en liberté dans les couloirs (qui ne sont pas quotidiennement drogués pour être inoffensifs) il n’y a que six gardiens ?
Aussi, concernant ce point, je me suis demandée, vu le gouvernement assez répressif que l’on sent sans pour autant le voir, pourquoi la peine de mort n’a tout simplement pas été rétablie… mais il n’y aurait pas d’histoire si c’était le cas.
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J’ai bien aimé ce roman, malgré des éléments gênants pour la fine observatrice (hahaha) que je suis. Les quelques boulettes scénaristiques sont compensées par un travail remarquable sur les personnages, leur psychologie et leurs actions. Le style est tel que la lecture passe vite, les mots coulent tous seuls et on est accrochés du début jusqu’à la fin.
Bien qu’on sente qu’il n’est pas passé entre les mains expertes d’un éditeur, Troubles reste une belle histoire, bouleversante et… troublante ! (mouarfarfarf)
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Et où qu’on achète le livre ? Sur son site internet, et dans quelques librairies belges.
Et où qu’on peut suivre l’auteur ? Sur sa page facebook, quelle question.
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2 réflexions sur “Troubles, de Jennifer Provins

  1. Anonyme dit :

    Merciiii !
    En tout cas, une chose est certaine, c'est que je suis impatiente de faire la réédition pour parfaire la correction, deux trois mots de vocabulaire et ajouter des détails inédits 🙂
    (devine qui c'est d'abord ^^)

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